Les noix, les graines et le maïs : fausse alerte digestive
Pendant des années, on a déconseillé aux personnes atteintes de diverticulite, une inflammation des poches (diverticules) du côlon, de consommer des petits aliments durs, comme les noix ou les graines. L’idée ? Qu’ils pourraient se loger dans les diverticules et déclencher une crise inflammatoire. Sauf que la science a évolué, et le temps est venu de faire le tri entre peur populaire et réalité médicale.
Une nouvelle étude, publiée dans les Annals of Internal Medicine, démontre que manger des noix, des graines, et même du maïs n’augmente en rien le risque de diverticulite chez les femmes. « Une seule étude publiée dans JAMA en 2008 n’avait trouvé aucune association entre ces aliments et le développement de la diverticulite chez les hommes », explique le Dr Anne Peery, professeure associée à l’université de Caroline du Nord. « Cette étude n’a jamais été répliquée ». Jusqu’à maintenant.
Une étude massive qui remet les pendules à l’heure
Le travail de l’équipe de Peery a été colossal : plus de 29 000 femmes âgées de 35 à 74 ans ont été suivies sur près de 20 ans. Leur consommation alimentaire a été régulièrement analysée à travers des questionnaires entre 2003 et 2022. Résultat ? Même les femmes qui consommaient de grandes quantités de noix, de graines et de fruits contenant des pépins ne montraient aucun risque accru de développer une diverticulite. Aucun lien non plus avec les risques de chirurgie ou d’hospitalisation liés à cette pathologie.
Mais attention : l’étude n’est pas sans quelques limites. Certaines participantes ont simplement déclaré avoir eu une diverticulite ou une diverticulose (la présence de poches dans le côlon sans inflammation), sans diagnostic médical précis. L’étude reste corrélationnelle – elle montre un lien, sans en prouver la cause exacte.
Ce qui compte vraiment : l’ensemble du mode de vie
Le vrai coupable ? Ce n’est pas le sachet de noix ou la salade de graines, mais le mode de vie global. L’étude montre que les femmes touchées par la diverticulite sont souvent fumeuses actuelles ou anciennes, ont une consommation excessive d’alcool et un indice de masse corporelle élevé. La ménopause et le recours à un traitement hormonal y jouent aussi un rôle.
Le Dr Sandhya Shukla, gastroentérologue dans le New Jersey, le résume bien : « Les habitudes alimentaires, comme le régime occidental riche en viandes rouges, aliments transformés et produits laitiers gras, sont associées à un risque plus élevé. »
Des régimes protecteurs validés par la science
Bonne nouvelle : il existe quatre régimes qui réduisent significativement le risque de diverticulite. Et vous les connaissez sans doute déjà : le régime méditerranéen, le régime DASH, ainsi que les indices Healthy Eating Index 2015 et Alternative Healthy Eating Index 2010.
Ces modèles alimentaires favorisent tous les fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes, noix et graines. Selon la diététicienne Kim Kulp, fondatrice de Gut Health Connection, ces aliments nourrissent les bonnes bactéries intestinales qui, elles, protègent la paroi du côlon contre l’inflammation.
« Puisque le maïs, les noix et les graines contiennent des fibres et qu’ils n’ont pas montré qu’ils favorisaient la diverticulite, ces aliments devraient être inclus, pas évités », tranche-t-elle.
L’heure est donc venue de reconsidérer certaines idées reçues sur la digestion. La peur des noix ou des graines chez les personnes sujettes à la diverticulite semble désuète face aux données récentes. C’est l’ensemble du mode de vie qui fait la différence, pas un grain de sésame coincé entre deux diverticules.