Le week-end dernier, comme chaque printemps, nous avons avancé nos montres d’une heure. Une petite révolution annuelle à laquelle nous sommes désormais habitués. Mais derrière ce geste anodin se cache une question de santé publique : ce décalage horaire saisonnier a-t-il des conséquences sur notre cœur ?
Une récente étude, publiée en février 2024 dans la revue Mayo Clinic Proceedings: Innovations, Quality & Outcomes, vient de livrer ses conclusions. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles suscitent le débat.
Ce que le changement d’heure provoque réellement dans notre organisme
Il est bien connu que notre horloge biologique n’apprécie guère qu’on la bouscule. Avancer l’heure d’un coup, c’est chambouler notre rythme veille-sommeil, et surtout retarder la sécrétion de mélatonine, cette hormone précieuse qui régule notre endormissement.
Le Dr Jimmy Mohamed l’expliquait récemment : « Le soleil qui se couche de plus en plus tard perturbe l’hormone du sommeil, qu’on appelle la mélatonine. Et pire encore : on sait que notre cerveau n’aime pas ces changements de rythme, il aime bien faire la même chose du matin au soir, donc on va avoir du mal à s’adapter ». Un déséquilibre qui peut se répercuter sur notre niveau d’énergie, notre humeur, mais aussi — plus préoccupant — sur notre santé cardiovasculaire.
Une étude à grande échelle menée aux États-Unis
Pour y voir plus clair, des chercheurs américains ont consulté une base de données massive, rassemblant les données de santé de plus de 36 millions d’adultes. Leur objectif : déterminer si le passage à l’heure d’été coïncide avec une recrudescence de problèmes cardiovasculaires graves, comme les crises cardiaques ou les accidents vasculaires cérébraux.
Ils ont concentré leur analyse sur la semaine qui suit le changement d’heure, période supposée la plus sensible. Et le résultat est intéressant : 74 722 événements cardiovasculaires ont été recensés sur l’ensemble des cinq années étudiées. Parmi ceux-ci, les lundis et vendredis post-changement d’heure affichaient une légère hausse statistique, de l’ordre de moins de 6 %. Les autres jours de la semaine ? Une augmentation inférieure à 1 %.
Une hausse réelle, mais pas de quoi tirer la sonnette d’alarme
Des chiffres qui interpellent, certes, mais que les scientifiques ont pris soin de contextualiser. À première vue, on pourrait penser qu’une augmentation, même légère, constitue une alerte. Mais du point de vue clinique, cela reste négligeable. Le Dr Benjamin Satterfield, principal auteur de l’étude, résume ainsi : « Nous avons examiné durant cinq ans les données de milliers de personnes à travers les États-Unis et nous avons constaté qu’il est peu probable qu’il y ait une différence cliniquement significative dans la santé cardiovasculaire en raison de l’heure d’été ».
Autrement dit, oui, le corps accuse le coup, mais pas au point de faire exploser les statistiques médicales. Le lien entre changement d’heure et problèmes cardiaques reste donc faible et ponctuel.
Sommeil perturbé, stress augmenté : des effets indirects à surveiller
Même si cette hausse d’incidents cardiovasculaires est considérée comme mineure, le décalage de rythme biologique peut entraîner d’autres conséquences. Un sommeil plus court ou de moindre qualité, une fatigue persistante ou encore un stress accru sont autant de facteurs susceptibles d’affecter le cœur de manière indirecte, en particulier chez les personnes vulnérables ou déjà fragilisées.
Ce sont ces facteurs secondaires, souvent insidieux, qui pourraient expliquer pourquoi certaines personnes ressentent plus intensément le passage à l’heure d’été. Un mode de vie équilibré, incluant activité physique régulière, alimentation adaptée et hygiène de sommeil rigoureuse, semble donc être la meilleure arme pour limiter les effets indésirables.

