Notifications incessantes, vidéos à la demande, réseaux sociaux… Aujourd’hui, tout est fait pour capter notre attention à chaque instant. Pourtant, selon Arthur Brooks, professeur à Harvard, cette course permanente à la distraction nous priverait d’un ingrédient essentiel au bonheur : l’ennui. Et si, contre toute attente, ne rien faire devenait la meilleure chose à faire ?
L’ennui, un allié sous-estimé
Dans notre société hyperconnectée, l’idée de s’ennuyer semble dépassée, presque angoissante. Pourtant, selon Arthur Brooks, cette sensation désagréable serait nécessaire à notre bien-être mental. Lors d’un entretien avec Today, il explique que l’ennui offre un espace pour réfléchir en profondeur, loin des sollicitations numériques.
En comblant systématiquement ces moments de vide par une distraction, un scroll sur Instagram, une vidéo TikTok, une série Netflix, nous nous empêchons d’explorer des questions existentielles comme :
- Quel est le sens de ma vie ?
- Qu’est-ce qui me rend vraiment heureux ?
- Suis-je aligné avec mes valeurs et mes aspirations ?
En d’autres termes, fuir l’ennui, c’est éviter une introspection pourtant essentielle à notre épanouissement personnel.
Un cerveau saturé, une créativité en berne
Contrairement aux idées reçues, ne rien faire n’est pas une perte de temps. Le psychiatre Patrick Lemoine, auteur de Éloge de l’ennui, une brève histoire de nous, rappelle que ces moments d’apparente inactivité permettent au cerveau de se régénérer.
Son argument est simple : sans pauses, notre esprit fonctionne en flux tendu, incapable de prendre du recul. Or, c’est précisément lors des périodes d’ennui que le cerveau active des réseaux neuronaux profonds, favorisant créativité, intuition et prise de décision.
La thérapeute Odile Chabrillac va dans le même sens. Selon elle, laisser de l’espace à l’ennui permet de :
- Prendre du recul sur son quotidien ;
- Clarifier ses objectifs et aspirations ;
- Stimuler la conscience et la créativité.
Un esprit sans cesse sollicité devient prisonnier de l’immédiateté. Il traite une masse d’informations, mais n’a plus le temps d’en tirer du sens.
L’erreur à éviter : croire que le bonheur est un état permanent
Pour Arthur Brooks, la plus grande erreur est de penser que le bonheur est un état constant. Il le compare à une direction plutôt qu’une destination : une quête dans laquelle nous avançons à tâtons, entre moments de joie et périodes de doute.
Et c’est là que l’ennui joue un rôle clé. À l’image d’un entraînement physique où l’inconfort est nécessaire pour progresser, ces moments de vide mental sont essentiels pour grandir émotionnellement.
Les distractions numériques, aussi addictives soient-elles, ne font que repousser l’inévitable : le besoin de se retrouver face à soi-même.
Comment réapprendre à s’ennuyer ?
Si s’ennuyer était naturel autrefois, l’hyperstimulation actuelle complique la tâche. Pourtant, il est possible de recréer volontairement ces moments de pause.
Voici quelques pistes simples et efficaces pour s’y essayer :
- Instaurer des moments sans écran : évitez les réseaux sociaux au réveil et avant de dormir.
- Pratiquer la méditation : s’asseoir en silence, observer ses pensées sans distraction.
- Sortir sans téléphone : une promenade sans musique, ni podcast, juste avec soi-même.
- Opter pour des activités monotones : jardinage, coloriage, tricot… des tâches simples qui laissent l’esprit vagabonder.
Ces exercices peuvent sembler inconfortables au début, mais à force de pratique, ils permettent de retrouver un équilibre mental et, qui sait, de (re)découvrir une forme de sérénité oubliée.


